Alimentation, régimes, réseaux sociaux et gourmandise

Posted on Sep 20, 2017 in 💡 DES IDÉES EN PLUS

Régimes alimentaires et réseaux sociaux

 

Que l’on soit un curieux de l’actualité, un blogueur, un lecteur dilettante ou un amateur de bonne cuisine à la recherche de recettes, personne n’échappe  à la « littérature alimentaire » qui nous inonde de guides, de conseils et de menaces. Les articles se succèdent sur les réseaux sociaux et dans les journaux; dans les librairies, des pans entiers de murs sont envahis par des ouvrages de diététique et de recettes miracles pour vivre mieux et plus longtemps.

Sur Instagram, la photographie culinaire est devenue un art à part entière, souvent agréable à regarder certes, mais les #hashtags qui accompagnent chaque photo impriment dans notre cerveau toute une terminologie qui finit par influencer notre conduite alimentaire.

Comment se repérer sans avoir mauvaise conscience, sans devenir obsédés par ce que nous absorbons et proposons à nos proches ? Comment gérer toutes ces informations ? Mais aussi comment conserver le plaisir de cuisiner et partager un bon petit plat avec ceux que l’on aime ?

Ayant un blog depuis deux ans, je navigue sur les réseaux sociaux, je suis inscrite sur quelques groupes et plateformes  culinaires et j’ai suivi plusieurs Moocs ( cours en ligne) de cuisine ou concernant l’alimentation. Pour créer de nouvelles recettes, je me pose des questions sur l’origine, la traçabilité et l’apport nutritif des aliments que je cuisine mais je m’intéresse également au développement durable. Essayons d’y voir plus clair…

Manger beau, naturel et sain ?

Granola maison

Granola aux flocons d’avoine, fruits secs et miel

Pour qui ?

Tout d’abord, nous devons avoir conscience que ce phénomène ne concerne que certaines tranches de la population. Il est évident qu’une personne ayant eu un problème de santé grave est amenée à modifier ses habitudes alimentaires. Mais pour  un homme ou une femme en bonne santé, sans problème particulier, reconnaissons que seuls les habitants des pays développés ou les gens aisés se posent des questions. On sait malheureusement qu’en 2016 le nombre d’affamés dans le Monde a atteint 815 millions. D’après l’ONU, c’est 38 millions de plus qu’en 2015, en raison des conflits guerriers et des phénomènes climatiques. La malnutrition est bien plus préoccupante que la « mal bouffe » mais cette dernière est sans cesse à la une.

Pourquoi ?

L’Organisation Mondiale de la Santé alerte en permanence sur les risques d’obésité et la nécessité de s’alimenter de façon saine et rationnelle pour « se protéger » contre le diabète, les accidents vasculaires cérébraux et le cancer. Mais reconnaissons que les médias de masse nous matraquent de recommandations. Les réseaux sociaux véhiculent des messages de perfection esthétique. Pour être beau et mince, il faut faire du sport et manger beau et sain. Après la mode des « fastfoods« , hamburgers et pizzas, on revient à la mode du naturel et du « healthy« , terme plus élégant que « sain » en français. On recherche nos traditions ancestrales dans une société de surconsommation. On boude les grandes surfaces pour privilégier les petits commerces et le local. Je ne suis pas contre bien au contraire, moi qui privilégie les produits bio de ma petite épicerie, mais à condition que la qualité soit au rendez-vous et que le rapport qualité-prix soit correct. 

Il semble que pour se préserver de l’environnement toxique dans lequel nous vivons, pollutions de toutes sortes, ravages climatiques, terrorisme et guerres, nous recherchions une nourriture  authentique et purifiante.

La notion de « cleanfood«  ou « clean eating » née aux États-Unis au milieu du 20º siècle ( remarquons au passage que de nombreux termes ne sont jamais traduits car ils perdraient sans doute de leur pouvoir) a fait son apparition en Europe il y a tout juste quelques années. Les principes sont louables : réduire la consommation d’aliments transformés, éviter les additifs alimentaires et les aliments riches en mercure, choisir du matériel sain pour cuisiner, privilégier le bio et diminuer la consommation d’alcool… mais à force d’être attentif à tout ce que l’on cuisine, on risque de devenir orthorexique.

L’orthorexie est un trouble grave du comportement alimentaire. Celle ou celui qui en est atteint passe des heures à choisir ce qu’il va manger et est obnubilé par la qualité, la pureté et la traçabilité des aliments. Pour lui, certains aliments courants sont complètement nocifs et il se pose des problèmes métaphysiques en permanence. Dans des cas extrêmes, les orthorexiques, ne pouvant fréquenter de restaurant suffisamment sain ni partager la nourriture des autres, se privent de toute vie sociale.

Des produits « miracle »

Difficile de lire une recette sans que soit mentionnés les qualités nutritives, le nombre de vitamines et de  minéraux, ainsi que l’importance en fibres et en anti-oxydants. Il est vrai que la menace du cancer est très présente partout et que dès qu’un article de vulgarisation traite d’un problème de santé, le risque de cancer est toujours évoqué.

C’est pourquoi on nous parle des « alicaments », ces aliments-médicaments naturels ( plantes, algues, épices, fruits, légumes…) qui ont des vertus essentielles pour lutter contre les maladies. Laboratoires et entreprises alimentaires ont bien saisi le créneau en proposant toute une gamme de suppléments alimentaires rendus indispensables par les bienfaits qu’ils promettent. On se demande s’ils ne remplacent pas parfois, une nourriture naturelle. Plutôt que de les utiliser en auto-médication, il me semblerait judicieux de demander conseil à un médecin. Certains sont justifiés, d’autres totalement superflus.

Les grands champions sont les suppléments de protéines, vendus en grandes surfaces, en parapharmacies, dans les magasins de sport et dans les gymnases. Ces « faux carburants » promettent une stature d’athlète et une augmentation significative de la masse musculaire mais ils représentent un véritable danger. En fait, ils sont très caloriques, bourrés de sucres et peuvent entrainer des problèmes rénaux et cardiaques ainsi que de l’ostéoporose. Là encore, une alimentation adaptée et une activité physique régulière sont les meilleurs garants d’une bonne forme.

Régimes alimentaires, santé et protection de la planète

orangersLorsqu’on parle de « régime », on pense immédiatement à des cures  et à des méthodes drastiques pour perdre du poids. Mais en fait, le terme régime renvoie simplement  à la façon dont nous nous nourrissons. Il existe une quantité innombrable de régimes. Il existe également des « tendances culinaires » qui évoluent d’année en année, semblables aux tendances de la mode et qui intéressent tout particulièrement les professionnels de la restauration.

Je ne vais citer que quelques types de régimes, simplement pour clarifier un peu ! Je ne parlerai pas ici des régimes thérapeutiques liés à des maladies identifiées car je ne suis pas compétente en la matière.

Végétariens, végétaliens et végans

Il est indéniable que les scandales sanitaires, de la « vache folle » dans les années 90 au glysphosate tout récemment, inquiètent les consommateurs avertis qui se posent des questions. Une défiance s’est installée vis à vis de l’agro-alimentaire. La surexploitation des terres et des océans, la décroissance des resources naturelles et le réchauffement climatique incitent un public de plus en plus important à supprimer radicalement les aliments d’origine animale. Qui sont-ils ?

  • Les végétariens excluent la viande ( rouge ou blanche), les poissons et les fruits de mer. Les lacto-ovo-vegétariens consomment des oeufs et des produits laitiers mais les lacto-végetariens excluent les oeufs de leur alimentation, alors que les ovo-vegétariens excluent le lait.
  • Les végétaliens ne consomment que des produits issus du monde végétal. Ils excluent les oeufs, le lait et le miel.
  • Les végans refusent l’exploitation animale sous toutes ses formes. Ils ont un régime végétalien mais leur mode de vie exclut tout produit provenant des animaux et pouvant leur porter atteinte. Ils n’utilisent ni laine, ni cuir pour s’habiller.

Savez-vous pourquoi les végans ne consomment pas de vin traditionnel même bio ? C’est parce que, bien que le vin soit 100 % végétal, de nombreux vignerons utilisent des produits d’origine animale pour effectuer la « clarification » du vin ( le fait d’éliminer des résidus de levure en suspension dans le vin). Il peut s’agir de blancs d’oeufs, de colle de poisson ou de caséine. Voilà pourquoi on trouve désormais du vin vegan.

  • Une nouvelle catégorie : Les flexitariens sont flexibles dans leur pratique végétarienne. Ils sont principalement végétariens mais consomment occasionnellement du poisson, de la viande et autres produis animaux.
  • Les pesco-végétariens, eux,  excluent la viande mais pas les produits de la mer.

il est à noter que dans le Monde, de nombreuses populations ont une forte tradition végétarienne. Des communautés entières le sont comme les adeptes du bouddhisme et de l’hindouisme. En Inde, 35 à 40% de la population est lacto-végétarienne. Savez-vous que de nombreux philosophes grecs puis romains adoptèrent, par éthique, une alimentation végétarienne ?

Pois chiches à l’indienne

Les régimes basés sur des traditions culturelles

  • Le régime Okinawa, provenant de l’île japonaise du même nom, se compose essentiellement de poissons, de crustacés, d’algues, de légumes, de légumineuses, d’épices, d’herbes, de céréales et de fruits. Le soja, les champignons tels que les shiitakes et le thé vert y ont une place de choix.
  • Le régime crétois ou méditerranéen propose  une alimentation équilibrée, saine, particulièrement riche en fruits et légumes frais ou secs et en céréales. Il est riche en huile d’olive mais les poissons, la viande blanche et les œufs sont consommés modérément. Les viandes (porc, chèvre, agneau ) y ont une part réduite et sont souvent cuits à l’étouffée. Le fromage blanc de chèvre et de brebis sont les produits laitiers les plus présents.
  • Le régime nordique se réfère à l’alimentation des Islandais, mais aussi des Scandinaves. Elle est basée sur une nourriture de saison, souvent bio qui se compose essentiellement de poissons, de céréales entières , de pomme de terre, de gibier, de baies, de chou, de légumes racines , de produits laitiers et d’herbes fraîches.
  • Le régime paléolithique préconise un retour à une alimentation ancestrale. Son but premier n’est pas la perte de poids mais plutôt de prévenir et traiter les maladies comme le cancer, le diabète ou l’asthme. Les grands principes du régime sont d’ exclure les laits d’origine animale, les céréales modernes et les produits cuits; on consomme des produits crus et biologiques.

D’autres régimes ancestraux comme le régime équatorien et le régime caucasien sembleraient être la clé de la longévité pour leurs populations.

Autres régimes

Passons maintenant en revue quelques régimes alimentaires, le plus souvent lancés par des pseudo-médecins qui se transforment  en sortes de gourous médiatiques. La plupart propose un amaigrissement rapide mais provoquent le plus souvent des carences nutritionnelles. Il y a encore quelques années, à l’approche de l’été les revues nous abreuvaient de régimes amincissants. Aujourd’hui, les conseils miraculeux sont présents toute l’année sur nos écrans et dans nos journaux mais ils évoluent, au gré des tendances et des modes . 

  • Le régime 5/2 ou jeûne intermittent consiste à manger normalement pendant 5 jours de la semaine, puis à observer un jeûne ou une baisse drastique de consommation calorique les 2 autres jours. Il s’agit alors de jours de détox. 
  • Il existe d’autres méthodes prônant un jeûne ponctuel, pour purifier son organisme, un jour par semaine ou un jour par mois où l’on ne consomme que des liquides naturels ( jus de fruits, de légumes ou uniquement de l’eau). 
  • Le régime Dunkan est un régime hyperprotéiné qui permet de perdre du poids à court terme. Il se décline en 4 phases distinctes : consommation d’aliments riches en protéines, beaucoup d’eau et  son d’avoine; puis on alterne une journée de protéines et une journée de protéines et de légumes; les deux dernières phases sont des phases de consolidation où l’on réintègre progressivement tous les aliments.
  • Le régime Low Carb est un régime à visée amaigrissante qui consiste à supprimer quasiment tous les sucres (Low Carb signifie pauvre en sucre). Ce régime, utilisé pour les diabétiques de type 2, permet aussi de perdre du poids rapidement sans avoir la sensation de faim. 
  • Le régime sans gluten qui s’adressait au départ uniquement aux personnes atteintes de la maladie de coeliaque, qui entraîne une destruction inflammatoire de l’intestin et engendre de nombreux problèmes de santé, est un régime  restrictif, du moins dans le cadre de la cuisine occidentale, car il supprime toute céréale et tout aliment contenant du gluten. [* voir note de fin de page].
  • le régime sans lactose s’adresse spécifiquement aux adultes allergiques ou intolérants au lactose en raison de la diminution de l’activité de l’enzyme qui permet de digérer le lactose. Cela peut entraîner  des maux de tête, des troubles digestifs et articulaires.

Comment déterminer son propre régime alimentaire ?

Le plus judicieux, si l’on a des doutes ou des problèmes spécifiques est évidemment de consulter son médecin, voire un nutritionniste. J’ai découvert récemment, en faisant des recherches sur l’utilité ou les dangers du citron au lever du lit, que les naturopathes ne proposent pas de régime type mais s’intéressent surtout à la physiologie de chacun. Ainsi pour certains, le verre de citron pressé dans l’eau chaude est alcanisant alors que pour d’autres, il reste une boisson acide sans bénéfice pour l’organisme. La naturopathie est basée sur des critères liés à la personnalité et aux besoins de chaque individu.

En matière d’alimentation, tout comme en éducation, il me semble nécessaire d’observer quelques règles et de diversifier ( les aliments, les plats, les couleurs dans l’assiette);  ne pas être  dans une démarche inflexible et autoritaire. Il convient de réduire le sucre, le sel, les matières grasses et privilégier les légumes frais ou secs ainsi que les fruits frais. Il est important d’acheter des produits locaux ou provenant de circuits courts. Les céréales doivent remplacer la viande et non l’accompagner. Sachons également distinguer le besoin de se nourrir et l’envie de manger. Faisons appel à notre bon sens, sans faire d’excès et suivons aussi nos penchants personnels. Pour plus d’informations, cliquez sur le lien : une alimentation saine /OMS.

Et la gourmandise dans tout cela ?

Entre l’ascétisme et l’épicurisme, il y a une marge qui devrait nous permettre de trouver notre équilibre… lorsqu’on est gourmand(e) comme moi, on aime cuisiner pour ceux que l’on aime et, de temps en temps, préparer des desserts appétissants.

Pour cuisiner, j’utilise principalement des produits issus de l’agriculture biologique locale, j’évite au maximum les produits transformés et raffinés, je boude les colorants, les additifs et j’arrive tout de même à préparer des biscuits, entremets ou glaces avec une teneur en « sucres » limitée. Et puis, de temps en temps et si l’on n’est pas soumis à un régime médical, on peut partager un gâteau d’anniversaire ou s’offrir des pâtisseries sans se soucier des ingrédients, sinon on risque fort de se couper des plaisirs de la convivialité.

Bûche glacée rapide et facile vanille - pêche

Bûche glacée vanille – pêche

Sources et articles consultés

Merci à  Nathalie du blog « envolées gourmandes » (http://www.envoleesgourmandes.com) qui m’a appris grâce à son commentaire sur ma page Facebook que « les populations de nombreux pays africains , grâce à des céréales diverses qu’on y trouve en abondance ( mil, sorgho, fonio, etc…) sont depuis des siècles au sans gluten sans se priver, ni succomber à une quelconque mode, pour ne citer que cet exemple… »

 

 

 

 

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